Débloque-Notes
Jacques Simonet
Directeur d'InterMédia
le 1 Juillet 2019
Un métier de seigneurs

© Samy Maviel

 

Dans les années 70 et surtout 80 la publicité a connu sa période faste (limite euphorique). Pour preuve, il suffit de feuilleter le numéro spécial que Lyon People vient de consacrer aux 90 châteaux et demeures de caractères du « Neuilly lyonnais » (Caluire-et-Cuire). Vous découvrirez en page 248 (photo ci-dessus) la gentilhommière de feu Jean-Noël Gerphagnon, patron de l’agence Capricorne (l’une des plus en vue de l’époque).

 

Et page 98, le « nid d’aigle » de son directeur de création, François Requien (en pleine forme, lui). 

 

Page 218 aussi : la « demeure du baron de l’île Barbe » désormais occupée par Patrick Cosi, ancien patron d’Actitudes — il avait installé ses équipes dans les étages de sa résidence des bords de Saône. La grande verrière, c’est son salon.

 

 

Un Olympe dans le cloud

 

Bon, ce n’est pas Versailles, ni même le Trianon. Mais il n’est pas sûr que les dirigeants des agences digitales du XXIe puissent tous se payer d’aussi gentilles chaumines.

 

En même temps, en ont-ils besoin ? D’aucuns disent que, comme les dieux antiques qui vivaient à l’abri des humains sur l’Olympe dont la cime était masquée par les nuages, les dieux du numérique ont aussi leur domaine réservé : le Cloud.

 

L’essentiel c’est de vivre entre soi, loin du commun des mortels.

 

 

Sic transit, même les pubards

 

Mortels, justement, nous le sommes tous, seigneurs de la publicité ou pas. Pierre Costes qui a dirigé Uniconseil dans les années 70-80, avec Pierre Martin, vient de décéder.

 

Uniconseil, une agence mythique, plus prestigieuse peut-être que Capricorne. Pendant des années, ce fut la grande école de la publicité lyonnaise. Des dizaines de jeunes professionnels qui allaient faire de jolis parcours sont passées dans cette entreprise exigeante, mais suffisamment généreuse pour employer — tenez-vous bien — une personne chargée d’apporter les cafés à la soixantaine d’employés. 

 

L’agence vivait sur un grand pied et comptait deux coursiers à plein temps qui sillonnaient la ville avec les plis urgents — Ils l’étaient tous, urgents. C’était l’internet des années 80.

 

Tous ceux qui sont passés par l’immeuble de la rue Félix-Faure vivent dans le souvenir de ces années de formation sous la férule de l’intraitable professeur Martin. Ils se réunissent de temps à autre comme d’anciens combattants. Une vingtaine d’entre eux sont montés à Paris pour le dernier voyage de Pierre Costes.

 

Une telle fidélité, 30 ans après la dissolution des équipes, paraîtra extravagante à la génération start-up.