Débloque-Notes
Jacques Simonet
Directeur d'InterMédia
le 9 Août 2018
Histoires de gentilés 

Les habitants de l’Ain ont enfin un nom. Tout le monde dit « enfin » pourtant cette carence ne les avait pas empêchés de survivre depuis 1791, année de création du département. 

Mais cela chagrinait leur Président. Le voilà satisfait. D’autant que ce fut le prétexte à une belle consultation populaire — un vote qui est beaucoup moins fatal que des élections. 

Donc désormais il faut appeler Aindinois et Aindinoises les habitants de l’Ain. Deux noms déposés à l’INPI : on ne badine pas avec son gentilé (nom qui désigne les habitants d’un lieu donné). Je ne trouve pas Aindinois très heureux sur le plan euphonique, mais puisque ce sont les intéressés qui l’ont choisi, cela les regarde.

Ce n’est pas pire que Seinomarin et Seinomarine, gentilé de la Seine-Maritime (née en 1790) depuis un vote public organisé en 2006.

 

Alors Wauquiez on vote ?

Faut-il voter aussi pour les habitants d’Auvergne-Rhône-Alpes ? Car on ne sait toujours pas comment les appeler. Auvergne-Rhône-Alpes c’est bien long. Et pas très fédérateur. Déjà que les Rhônalpins sont assez agacés de passer après les Auvergnats.

Notez bien que les habitants des Hauts de France n’ont toujours pas de gentilé, non plus. Mais au moins, ils ont un nom de région moins relou que le nôtre.

De plus en plus d’organismes utilisent d’ailleurs AuRA dont la concision va finir par s’imposer n’en déplaise aux élus régionaux. Personnellement, je préférerais Auralp. Cela permettrait la déclinaison en Auralpin et Auralpine alors qu’AuRAïens et AuRAïennes ferait un peu secte raëlienne. 

J’avais aussi proposé Bougnalpin, mais d’aucuns en ont profité pour affirmer que j’étais encore plus illuminé que Raël.

 

Un département introuvable.

Autre casse-tête, celui des habitants de la métropole lyonnaise. Cette collectivité née en 2015 a la particularité d’être hors-sol. Je veux dire qu’elle n’est attachée à aucun département à la différence de Paris qui a eu droit au département de Paris (1790) devenu la Seine (1964). 

Apparemment même les Grands Lyonnais — vous avez mieux comme gentilé ? —, ne se sont pas rendu compte qu’ils n’étaient plus des Rhodaniens. Ils disent toujours qu’ils sont du Rhône (1793) et arborent le 69 sur leur plaque minéralogique.

Ne peut-on pas créer le département 69A (ou B pour Bis) ? Après tout, on a bien 2A et 2B pour la Corse — même si La Poste continue d’utiliser le numéro 20 historique. 

L’Insee qui ne badine pas avec ses nomenclatures a opté d’autorité pour 69M sans même demander leur avis aux intéressés.

 

Aberrations administratives.

Ce n’est pas la seule bizarrerie administrive de notre beau pays. Ainsi de l’arrondissement de Belfort. Un morceau du Haut-Rhin (1790) dont les Prussiens n’avaient pas voulu quand ils avaient annexé l’Alsace (1871). L’Administration française, bien embarrassée de ce confetti, avait donc créé le Territoire de Belfort élevé par la suite au rang de département (1922).

Mais je ne vais pas relever toutes les cocasseries territoriales… Pour notre région, je rappelle l’extravagante enclave des Papes née en 1800. Un îlot de quelques communes du Vaucluse en pleine terre drômoise. Dont les habitants ne sont pas des Papistes (ce qui ne serait pas aberrant, le Vatican n’est-il pas aussi une enclave ?), mais des Vauclusiens.