Débloque-Notes
Jacques Simonet
Directeur d'InterMédia
le 11 Mars 2018
Tendances funéraires.

Catacombe des temps modernes 

 

 

Récemment, j’ai fait le tour du cimetière de Loyasse au sommet de Fourvière. Il n’y a pas à dire : c’est un endroit paisible. Reposez en paix. Et surtout en silence. Je suis formel : il n’y a toujours pas de pierre tombale avec vidéo.

 

À l’heure du digital triomphant on peut quand même se poser des questions sur cette résistance des trépassés au progrès. Comme aux temps antiques, beaucoup d’inscriptions concernant nos défunts se gravent au burin sur du marbre. 

 

Mais des signes laissent penser que les tombes ne resteront longtemps pas à l’écart de l’offensive digitale. Sur certains mausolées de Loyasse, une association a placé de petites plaques portant un numéro. Les promeneurs peuvent se connecter sur un site qui délivre des renseignements sur leur architecture remarquable ou leur occupant célèbre.

 

Vade retro Satanet. 

 

Plus sournois que le Diable, Internet rode le long des enceintes funèbres. Quand on lui ouvrira le portail, Dieu sait ce qu’il adviendra. L’ubérisation menace les pompes funèbres.

 

D’ailleurs n’est-ce pas tout bonnement la fin des cimetières qui se prépare ? Un statisticien étudiant la montée en puissance de Facebook a pronostiqué qu’en 2098 le réseau universel comptera plus de morts que de vivants et sera la plus grande nécropole du monde. 

Dès lors, sera-t-il encore nécessaire d’entretenir de coûteux terrains vagues qui compliquent la tâche des promoteurs immobiliers ?

 

Nécropoles virtuelles.

 

Déjà, des initiatives ont été prises qui donnent des indications.

 

L’artiste Christian Boltanski avait résolu de réunir dans une salle du sous-sol du MAMVP à Paris les annuaires téléphoniques du monde entier. On peut encore voir cette vaste compilation de patronymes sagement rangée dans des rayonnages (photo). Je vous assure que cela fait quelque chose de savoir qu’on figure dans cette bibliothèque catacombesque.

Mais les annuaires imprimés sont dépassés.

 

Depuis 2005, Boltanski a adopté un média plus moderne. Il est en train de constituer les Archives du cœur. Un projet un peu utopique — mais de moins en moins — visant à enregistrer les battements de cœur de tous les humains, pour les conserver ad vitam aeternam dans l’île japonaise de Teshima. Il en aurait déjà collecté des dizaines de milliers.

Lors de sa Monumenta, en 2010 au Grand Palais, les visiteurs attendaient sagement le moment de faire enregistrer leur cœur dans une salle d’attente digne d’un cabinet médical. 

J’ai préféré sortir respirer le grand air.