Georges CHAPUIS
| Non mais t'es qui toi ?
Khmer rouge créatif
le 11 Mars 2013
Echouer encourage à rebondir

«  Les échecs sont les seuls maîtres dont les leçons ne s’oublient pas. »

Jean-Michel Goudard

 

Goudard (le G de RSCG) a toujours pensé qu’échouer encourage à rebondir et forme le caractère… si on en a. Il en a fait un livre, moi pas encore, bien que j’ai été un temps expert dans ce domaine. Car je me souviens de l'agence Uniconseil, où mon passage fut météorique (11 mois), tendance désastre. C’est la seule agence où j’ai perdu 10 compétitions de rang, envisageant un court instant d’ouvrir un bar raffiné à Feyzin ou de me consacrer totalement à la pétanque de haut niveau.

 

Le revers (c’est le cas de le dire) le plus cuisant fut pour Bayard, en finale contre RSCG Ferton/Billière. Notre campagne était de confection honnête, mais le team magique Billère/Trichelieu avait sorti Gainsbourg de sa manche, nous taillant un costard dont je ne suis pas encore revenu. Comme le Trich' (enfin, surtout son foie) de sa virée avec le beau Serge, dans la splendeur éthérée des nuits parisiennes. Sacré veinard. Damned, cette campagne, j’aurais donné 10 ans de ma vie pour l’avoir trouvée, et au moins autant pour rencontrer Gainsbarre.

 

                                     1980 – Annonceur : Costumes Bayard (Villeurbanne) – Agence : RSCG Ferton Billière (Lyon)

 

 

Une équipe qui avait de la gueule

 

Pourtant l’équipe d’Uniconseil avait de la gueule avec, à sa tête, « les deux Pierre » : Costes, petit et tout en rondeur affable, homme de cœur et fin cordon bleu, avait l’art de lier les gens comme les sauces et de dégonfler les conflits, en interne comme chez les clients. Martin, plutôt massif, ombrageux et très sûr de son talent, délivrait au paper-board (et oui mes amis, on faisait tout à la main à l’époque) dans des envolées de feutre coloré, un savoir marketing appris chez l’annonceur. Il fit pas mal progresser le métier, et tous les managers d’agences ne peuvent certes pas en dire autant. 

 

Je codirigeais la création avec François Requien, les commerciaux d’alors s’appelaient Jean Bailly (futur créateur de l'agence Senior), Richard Soubeyrand (au destin textile), Georges Giraudet (déjà en travail temporaire). Et j’ai gardé le meilleur pour la fin, Béatrice Chevalier : fine et maligne, le sourire d’un ange (déjà) qui affolait les garçons, et sans aucun doute le décolleté le plus ravageur de la pub Lyonnaise ! 

 

 

Une victoire : Renault Véhicules Industriels

 

Fort heureusement, nous avions gagné "The" compète : Le lancement de Renault Véhicules Industriels (né de la fusion de Berliet et Saviem) avec une somme indécente et belle comme un camion à dépenser en quelques jours. L’enjeu était doublement colossal : pour Havas et Jacques Douce, cet homme mythique et mystérieux que le grand Bernard Brochand, qui animait cette compétition, appelait respectueusement : « Le Patron ». Il voulait en faire un cheval de Troie pour piquer tout Renault à Publicis, rien que ça ! Pour nous — car nous planchions avec (ou plutôt contre) une autre agence du groupe, Ecom, dirigée par le sémillant Jean-Pierre Audour — Martin aurait vendu son âne (enfin sa moto BMW) et son âme pour gagner.

 

La stratégie commune mise au point par les pointures du groupe, Pierre Costes, toujours grand seigneur, avait proposé à notre équipe créative de plancher dans sa maison de campagne à Roussillon. L’air du Luberon et le rosé du pays aidant, je trouvais l’idée au bord de la piscine, puisant dans l’ADN de la marque et son actualité sportive (Renault gagnait tout à l’époque : Formule 1, Rallye, Vélo).

 

 

Après une nuit d'insomnie

 

La veille de la présentation, Pierre Martin se fritta sévère avec Jean-Pierre Audour, pour une sordide histoire de partage de pognon et de responsabilités. Le tout à l’ego, hélas courant et si ravageur dans notre beau métier. Le lendemain, devant le board de Renault au grand complet et un Jacques Douce impavide au fond de la belle salle de réunion d’Ecom, "Pierrot la science", livide après une nuit d’insomnie, fit une présentation extraordinaire. Debout, les mains posées sur son attaché case fétiche et de mémoire, sans aucun support visuel, lui qui les aimait tant. Du très très grand art. Yves Teillac, l’homme qui avait écrit pour Match le légendaire slogan« Le poids des mots, le choc des photos » (celui-là aussi j’aurais bien aimé le trouver), présenta tout en finesse la proposition d’Ecom.

 

 En face, j’envoyais du lourd, du lyrique, du brutal, du Séguélien. Et François Requien (qui a toujours su utiliser les talents) avait fait faire à Georges Popovitch (immense illustrateur trop vite disparu) des roughs si magnifiques qu’ils furent utilisés pour la campagne définitive. Jacques Douce me glissa un compliment (j’en rougis encore), nous gagnâmes haut la main et, comme il faut toujours laisser une bonne impression, je serrais celle des Pierre, quittant Uniconseil à peine la campagne sortie. En route vers de nouvelles aventures que je vous conterai demain, si vous le voulez bien. Là, je vais prendre mes gouttes.

 

 

PS : Un dernier conseil quand même aux jeunes gens courageux qui démarrent dans le métier : Ce n’est pas parce que l’on échoue que l’on s’échoue. Foncez, n’attendez pas la chance, forcez la. Comme disait Coluche, ce grand philosophe qui nous manque autant que Desproges : « Quand quelqu’un dit qu’il n’a pas eu de chance, il oublie de dire le nombre de fois où la chance s’est déplacée pour rien ». Plantez-vous plusieurs fois s’il le faut. Et repartez encore plus fort, plus expérimenté, plus loin. Car vous aurez agi et, de cela, vous pourrez être légitimement fiers.

 
[1]
Michel TRICHELIEU - le 14 Mars 2013 à 19:12

‘’Mon foie pour une campagne’’

Evin et sa loi n’était pas encore passé par là. Nous n’étions pas obligés d’inscrire sur nos 4X3 (L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, boire avec modération… blablabla…Fumer tue…etc… heureusement l’Art tue pas). C’est pas Georgequi va me contredire. Quel bel hommage.Attention je ne dis pas que boire et fumer c’est vachement bien, mais c’est la vie et oui ! que les grincheux lèvent le doigt.Mais lorsque Gainsbourg te dit, ‘’Pour ta campagne j’ai arrêté de picoler depuis une semaine, j’ai vachement minci pour les photos, t’as vu, plus de bide’’. Le lendemain, l’alcool recoulait à fond. On peut prêter son foie une soirée, pour une campagne… Michel Trichelieu

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