Sébastien Desbenoit
| Les messages cachés de la communication
Analyste et Designer chez ThinkInnovation
le 1 Février 2017
Emmanuel Macron contre Centre Mou : 1 - 0

Paris, 10 décembre 2016, Emmanuel Macron cloture son meeting en hurlant les dernières phrases de son discours. La réaction est immédiate et la scène tourne en boucle dans les médias et sur les réseaux sociaux. Les montages fusent. L'image du candidat à la présidentielle est mêlé à Dragon Ball Z, de la musique Hard Rock, des super-héros… Si l'équipe du candidat promet une authenticité, nous avons affaire, en réalité, à une manœuvre de communication qui pourrait s'avérer être un coup de maître au moment du choix final. Explications. 
 

Pour être élu, M. Macron s'appuie sur une base centriste. Ces électeurs naturels n'apprécient généralement guère ce genre de comportement où l'émotion semble l'emporter sur la raison. Il est fort à parier que, pour cet électorat, M. Macron a sans doute perdu des points lors de cette phase sans toutefois avoir commis un acte les dissuadant de lui confier leurs votes.

 

Le véritable coup de maître du candidat est à chercher dans la communication long-terme et plus particulièrement l'utilisation des connotations et de l'inconscient des électeurs. Pour avoir une chance d'être présent au second tour et de gagner l'élection présidentielle, M. Macron a besoin de rassembler plus largement qu'au centre. Il doit aller chercher des électeurs à droite comme à gauche. D'un point de vue communication et marketing, ces personnes deviennent ainsi, fort logiquement, le coeur de cible de l'équipe d'Emmanuel Macron. Or, les candidats centristes, habitués des positions d'équilibre, sont lors des élections présidentielles la cible d'attaques sur les relatives mollesses. La droite et la gauche sont fortes. Le centre est mou comme l'étaient les marionnettes d'Édouard Balladur, de Michel Rocard et de François Bayrou aux Guignols de l'Info.

 

En prenant le risque d'utiliser une technique de communication basé sur le hurlement et une certaine violence dans la force du ton employé. Emmanuel Macron semble vouloir rompre avec cette connotation qui colle aux femmes et aux hommes du centre. En hurlant, finie la mollesse, bonjour l'énergie. Et si la manœuvre peut sembler violente, c'est une bonne chose. Le message ne passera que mieux. Dans les jours qui ont suivi le discours de la Porte de Versailles, les différents détournements de la scène et les reprises médiatiques se mirent, involontairement ou non, au service du candidat afin qu'il puisse placer une petite idée dans la tête de ces cibles, pardon de ces électeurs, potentiels : « Emmanuel Macron n'est pas mou ». 

 

La réelle habilité du candidat est à identifier dans le timing de cette intervention. Très en amont de la campagne, bien avant que les attaques pour mollesse ne puissent avoir lieu et surtout trop tôt pour que celui puisse être réellement repris contre lui au moment du choix final. Les électeurs s'en souviendront-il au moment de l'élection ? Probablement pas. En revanche, la connotation, elle restera bien au chaud dans l'inconscient des électeurs. Bien joué M. Macron, vous n'avez plus l'image d'homme du centre mou.