Guillaume Rieth
| Tendances prédictives et analyses incisives
Planneur stratégique free-lance
le 11 Octobre 2013
Et si le futur était un nouveau passé ?

 

Derrière cet antagonisme un peu loufoque en apparence, se pose une question prospective pas inintéressante. Au cours du mois de septembre j’ai relevé un certain nombre de signaux laissant entrevoir la possibilité d’un futur pas si futuriste. Exit les interfaces dignes de science-fiction, la technologie ubiquitaire, l’obsolescence programmée, l’individualisation des écrans délétère pour le lien familial, la nourriture imprimée en 3D, l’hyperglobalisation de la consommation, etc. Si certains de ces éléments scénaristiques sont aujourd’hui avérés ou en train de s’ancrer dans la réalité, rien n’est moins sûr quant à leur pérennité.

Retour en arrière ?

Avez-vous entendu parler de ces parents canadiens décidés à vivre comme en 1986 car lassés de constater que les nouvelles technologies les isolaient de leurs enfants ? Ou encore ce jeune journaliste tentant de vivre 100% made in France pendant 9 mois ? Que dire de ce téléphone en kit pensé par un designer hollandais permettant de le réparer comme nos aïeux réparer tout pour ne pas jeter ? Et cette entreprise qui propose de devenir des néo-fermiers en louant des poules pour avoir des œufs frais le matin ?

Ces marques qui ont plongé dans le passé

Du côté des marques j’ai aussi pu relever des traces d’un nouveau hier. Grant’s a offert à ses clients la possibilité de commander une Une de leur choix parue entre 1903 et 1999. Lacoste pour ses 80 ans raconte toute son histoire dans ses vitrines New Yorkaises. Levi’s a mis sur le rail un train d’artistes pouvant communiquer uniquement à l’aide d’objets anciens. Et puis Whil Meditation qui a installé cet artiste dans un cube pour échapper au « technostress ».
Autant de signaux -aujourd’hui marginaux- laissant transparaître un éventuel trop plein de technologie et besoin de retour aux sources. Est-ce passéiste ou rétrograde d’envisager ces signaux comme de possibles futurs ? Je vous laisse juge. Si certains paraissent absurdes, ils sont davantage des indicateurs que des phénomènes voués à se généraliser tels quels.

Le futur est ailleurs

Admettre que le futur ne se trouvera peut-être pas là où on le pense est-il si déboussolant ? Pas plus que ça. Et si pour voir en avant il fallait plutôt regarder derrière nous ? La mode fonctionne ainsi, par une récurrence et une réinterprétation de cycles passés. Pourquoi pas le reste ?
Peut-être serons-nous amenés à vivre prochainement la fin d’un cycle, une rupture –plus qu’un prolongement et une intensification des faits présents- pour revenir dans une retranscription actualisée du passé ? La désuétude perçue aujourd’hui sera peut-être les us et coutumes de demain ?

Tout peut basculer

Je ne parle pas d’un retour à la petite maison dans la prairie pour autant, bien sûr rien ne sera plus jamais comme avant. La technologie a bouleversé nos vies. Et les phénomènes ne sont pas purement binaires, ils cohabitent plus ou moins en harmonie.
La prospective est me semble-t-il une question de sensibilité, aucun ne serait en mesure de relever exactement les mêmes signaux. Ce qui prévaut dans cette science inexacte, cette " indiscipline intellectuelle ", ce n’est pas d’être d’accord ou non, mais de garder une ouverture d’esprit qui nous rendent capable d’accepter que tout peut potentiellement basculer. Alors "Open up, Open up" (merci Nescafé).