Guillaume Rieth
| Tendances prédictives et analyses incisives
Planneur stratégique free-lance
le 9 Juillet 2013
Des connexions. Déconnexion.

 

Tendance et contre-tendance

Malgré ma jeune expérience, j’ai rapidement compris que pour parler de tendances il fallait toujours garder en tête que rien n'est noir ou blanc, uniforme, linéaire, monolithique. Chaque tendance est largement discutable et possède toujours un contre-courant, un contre-phénomène pouvant la nuancer.
Si une tendance concerne à un instant T la majorité, il ne faut pas perdre de vue que chaque comportement majoritaire provient initialement d’une minorité, issue elle-même d’un contre-phénomène. Oui nous sommes dotés d’une réelle propension au mimétisme. Que l’on soit bien d’accord, à l’inverse ce qui est minoritaire ne devient pas obligatoirement majoritaire !
Mais le plus important est d’accepter que rien n’est immuable, pas même une tendance de fond. D’où l’importance de savoir capter et amalgamer des signaux faibles connexes pour envisager des futurs probables, à l’heure où ils paraissent encore improbables, parfois dérangeants et surtout paradoxaux.
Dans le langage courant nous employons le mot paradoxal de façon légère et banale pour évoquer des phénomènes contradictoires qui nous échappent.
Mais si nous en revenons à la définition que nous en donne Le Larousse, à savoir« une opinion contraire aux vues communément admises », ce mot aujourd’hui presque anodin se charge à nouveau de sens. Observer et admettre l’existence d’un paradoxe permet de l’envisager comme un futur champ d’intervention aidant à sortir du commun. Il est une formidable source d’inspiration.
Vous me pardonnerez cette longue introduction mais elle me semblait nécessaire car toute la difficulté et l’intérêt de nos métiers de conseil est là. Identifier les bons paradoxes, les détourner, les déjouer, les anticiper pour aider les marques à se différencier, prendre une longueur d’avance, à mieux s’affirmer, à aller là où on ne les attend pas mais où elles seront peut-être attendues demain.

 

Hyperconnexion, tendance lourde

Venons-en au cœur du sujet et de ce paradoxe actuel dont je souhaitais vous parler ici : la déconnexion à l’heure de l’hyperconnexion.
En cette période estivale, où bon nombre d’entre nous vont partir en vacances pour  se ressourcer et tenter de rompre avec la cadence infernale de la vie de bureau, ce thème me semblait tomber à pic. Ironie du sort, d’après une récente étude, 93% des décideurs admettent qu'ils ont besoin de se connecter à leurs données professionnelles durant leurs congés (mais bonnes vacances quand même !).
Pas si étonnant lorsque l’on sait que notre société s’enfonce chaque jour un peu plus dans l’hyperconnexion. Pour éviter le topo classique sur le multi-tasking, le smartphone prothétique, le FOMO (fear of missing out), le second écran, l’augmentation du temps passé sur les réseaux sociaux, la multiplication des « devices », la nomophobia et autres épiphénomènes aux termes barbares, je préfère vous évoquer les résultats d’une étude américaine parus récemment dans le Wall Street Journal.
Ils démontrent que nous établissons des contacts visuels avec nos interlocuteurs pendants 30 à 60% du temps de nos conversations. Pourtant nous aurions besoin à minima de 70% de temps de contact visuel pour créer une véritable connexion émotionnelle lors de nos échanges. Et devinez quel est le principal coupable de ces symptomatiques et mauvais résultats : le téléphone portable associé à notre super-pouvoir de multitasker.
L’article rapporte que nous sommes tristement de plus en plus accoutumés au fait de parler sans regarder nos interlocuteurs, par peur de louper des évènements (pourtant bien souvent mineurs) centralisés sur nos téléphones intelligents.
Si cette prédisposition à l’hyperconnexion semble être une aubaine pour de nombreuses marques sollicitant toujours plus notre attention à coup de dispositifs Foursquare, Facebook connect, Tweeter, Vine, Instagram, et d’objets connectés, d’autres ont pris un contre-pied intéressant.

 

Déconnexion, émergence d'un paradoxe

L’agence Dagobert avait d’ailleurs collecté quelques illustrations sympathiques dans sa note de février intitulée Digital Detox (à consulter impérativement pour en savoir plus sur ce contre-phénomène).  
Mais plus récemment et en l’espace de 3 mois j’ai eu l’occasion de détecter 3 dispositifs très similaires inspirés du principe de déconnexion.

  • Premier cas : les casiers Amstel permettant d’enfermer son smartphone en échange d’un bon pour une bière gratuite.

     
  • Deuxième cas : ce restaurant brésilien qui incite ses clients à profiter de leurs amis plutôt que de se connecter à son réseau Wi-fi.

     

  • Troisième cas : ce verre qui nous empêche d’utiliser notre téléphone portable

Au fait en parlant de paradoxe, en voici un autre assez probant : aviez-vous entendu parler de ce téléphone anti-connexion inventé par des publicitaires ? Non ce n’est pas une blague.
Sur ce, je vous souhaite de bonne vacances (dé)connectées. A vous de voir.