Muriel Jaby
| Communication culturelle : petits moyens mais grandes idées
Dircom du Mac de Lyon (Musée d'art contemporain)
le 29 Mai 2015
L’art peut-il « se vendre » comme n’importe quelle marque ?

 

Prenons une initiative récente : La Monnaie de Paris, qui a pris pour astucieux slogan « ici on frappe la monnaie et les esprits », fabrique nos pièces en euros, grave des monnaies, des médailles et des décorations officielles. Bref, un établissement public séculaire. Constituée en EPIC depuis 2007, elle est aussi un musée et un espace de création artistique, qui présente des expositions temporaires.

Actuellement : Marcel Broodthaers, artiste belge qui questionne les institutions muséales et la marchandisation de l’art, peu connu du grand public français.

Pour faire parler de cette exposition qui peut sembler « pointue », la Monnaie de Paris a eu l’idée de vraies/fausses annonces sur Leboncoin, site ultra populaire.

«Marcel Broodthaers, ce n'est pas Picasso ni Monet, les gens ne connaissent pas. Il est belge, il a un nom imprononçable, donc pour attirer le public il a fallu jouer sur le côté amusant et ludique», explique le directeur de la communication de la Monnaie de Paris, assez lucide ma fois sur le potentiel peu grand public de son « produit » ! Pour l'instant, 70 000 personnes auraient répondu à l'annonce du fantomatique Marcel B. sur Leboncoin, ce qui laisse augurer pour la Monnaie de Paris des "répercussions immédiates" en termes de fréquentation.

 

Paradoxe intéressant, et moyen de détourner/utiliser les codes de la société de consommation au profit d’une exposition, bref de s’infiltrer dans le système marchand pour s’en servir ? Après tout, les marques, notamment de luxe, essayent bien à l’inverse de s’emparer des codes de l’art pour mieux communiquer !

 

Mais voilà, cela irrite, d’autant que pour cette action le musée a travaillé avec l’agence de communication Wearesocial, qui compte notamment parmi ses clients Moët & Chandon, Renault, BNP Paribas, Bouygues Télécom, La Banque Postale et Pernod Ricard. Lisez à ce sujet l’article assez critique sur exponaute.

 

Difficile d’avoir un avis définitif sur la question, mais 70 000 contacts qui découvrent Marcel Broodthaers, et si c’était quand même une bonne nouvelle ?