« La perte de sens et le manque de cohérence nous guettent »

1985
Chargée de communication interne Compagnie générale d’électricité

 

1990
Chargée de communication institutionnelle chez Telemecanique (Paris)

 

1995
Formatrice en communication et management Dale Carnegie (Paris) 

 

1998
Chargée de mission communication au cabinet du Maire de Lyon 

 

2001
Dircom de bioMérieux

 

2005
Dircom de Rhodia

 

2011
Dircom du Groupe Solvay France après son rachat de Rhodia

Anne-Elisabeth Mourey
Directrice de la communication de Solvay France

 

La communication, vocation ou hasard ?
« Avec des parents journalistes, correspondants de guerre et grands reporters… c’était une vocation pleine, entière et assumée ! J’ai parcouru la planète toute ma jeunesse dans les pas de mes parents et j’ai vu notamment le Liban en pleine guerre. C’est certainement ce qui m’a fait choisir des études de sciences politiques puis de communication. Pour mieux décoder et comprendre, puis expliquer le monde autour de moi. J’ai ensuite naturellement enchaîné sur des postes de chargée de communication puis de dircom. Depuis 2011 je suis dircom du groupe de chimie Solvay France. »

 

Meilleur coup de communication ?
« Les 150 ans de Solvay, pour lesquels j’ai d’ailleurs reçu un Top Com d’Or ! Nous avions installé un laboratoire géant de 17 000 m2 dans la Halle Tony-Garnier (Lyon). L’idée était de proposer une immersion dans l’univers fantastique de la chimie. En trois jours, nous avons reçu près de 10 000 personnes : grand public, étudiants, familles et salariés. Le point d’orgue de l’événement était une maquette géante du Solar Impulse, cet avion qui vient de clore son tour du monde grâce à l’énergie solaire, sans une goutte de fuel. Une vraie fierté en interne. »

 

Plus gros flop ?
« Un souvenir cuisant plutôt : lorsque je travaillais chez Telemecanique, nous avons subi un raid financier éclair de la part du groupe Schneider. Nous étions en mode crise, travaillant sans relâche H24 et à l’issue d’une bataille de communication homérique, nous avons perdu. Une très belle leçon de communication. »

 

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus dans l’évolution de votre métier ?
« La perte de sens et le manque de cohérence globale nous guettent. Je regrette que de plus en plus souvent la communication soit déconnectée du marketing. On voit aussi apparaître dans les entreprises des « digital officers », qui travaillent dans leur coin, sans lien avec la direction de la communication. Tout cela risque de morceler le message et de lui faire perdre toute cohérence au profit de l’urgence que les réseaux sociaux nous imposent. »

 

Quel regard portez-vous sur les jeunes communicants ?
« J’ai eu la chance de recruter, en alternance, des jeunes extraordinaires, curieux, intelligents et qui m’ont fait grandir. J’aime cette émulation, et j’apprécie le « reverse mentoring » [il s’agit de tutorat inversé : ce sont les jeunes qui forment les seniors au digital]. »

 

Êtes-vous plutôt diesel ou Ferrari ?
« Solvay est le deuxième fournisseur de l’industrie aéronautique, alors je dirais plutôt que je suis un A380 ! Nos métiers nous incitent à penser et agir vite. Ce qui me semble plus important encore c’est surtout donner du sens, tracer son sillon. »

 

Quelle image renvoyez-vous à votre équipe ?
« J’essaie de leur donner la liberté de faire et d’expérimenter… avec un filet de sécurité garanti. C’est ce que j’appelle la magie du trapéziste ! »

 

Peut-on faire de la communication toute sa vie ?
« Je suis tellement passionnée par ce métier que je vous dirais oui. J’ai fait de la communication dans de nombreux domaines, public, privé, grands groupes français ou internationaux. Avec l’avènement du digital, les sujets à traiter, les réflexions à mener, les outils à notre disposition sont si variés que cela reste intéressant et source d’apprentissage. »

 

Et si vous n’aviez pas fait de communication ?
« J’aurais été diplomate. C’est une autre façon de donner à voir et comprendre… bref, de faire de la communication ! »